One step closer
Quelques jours apres l'arrestation de Radovan Karadzic en plein Novi Beograd, il convient de s'interroger sur les consequences de cette interpellation et sur les raisons pour lesquelles la police n'a pu mettre la main sur lui que plus de 10 annees apres son retrait de la vie politique.
Radovan Karadzic est avant tout le poete maudit, l'illumine, capable de dire que la "mort de 200 000 bosniaques avait un sens si elle permettait l'avenement de la Grande Serbie". Le President autoproclame de la republique des Serbes de Bosnie avait promis de "nettoyer" la Bosnie de ses elements non serbes. Plus d'un million de personnes durent ainsi quitter leurs villages tandis que 200.000 personnes sont tuées pendant la guerre (1992-1995).
C'est sous sa présidence que va également avoir lieu le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 11 juillet 1995, l'armée serbe parvient à prendre d'assaut Srebrenica, une enclave musulmane sous protection de l'ONU. Les casques bleus sont dépassés et pendant quatre jours, environ 8.000 garçons et hommes musulmans sont exécutés. Karadzic est également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo qui a duré quarante-trois mois et pendant lequel quelque 10.000 civils ont été tués.
Anime par son desir intransigeant d'aboutir a l'avenement de la "Grande Serbie", Karadzic fut percu par les negociateurs occidentaux comme l'acteur le moins fiable de l'equation bosniaque. Ainsi, il refusa le plan de paix Kinkel/Juppe de 1995, fruit des negociations avec le croate Tudjman, le bosniaque Izetbegovic, le serbe Serbie Milosevic, ainsi que Karadzic lui-meme.
A coup sur, la capture de ce criminel recherche par la communaute internationale est une indiscutable victoire pour l'Etat de droit serbe, ainsi que pour le recent gouvernement pro-europeen, dont certains sceptiques doutaient quant a sa capacite a s'entendre afin de negocier le virage pro-europeen de la Serbie. L'arrestation de Karadzic prouve que seules des raisons politiques empechaient sa capture. L'ancien responsable des services secrets serbes remercie a la formation du nouveau gouvernement, Rade Bulatovic, etait en effet un proche de l'ancien Premier Ministre Vojislav Kostunica.
Il est peu probable que Karadzic ait séjourné à Belgrade depuis 1996, et il est encore moins probable qu’il ait réussi à survivre dans la clandestinité grâce à ses revenus de gourou de la médecine alternative. Il était protégé par de puissants réseaux de protecteurs influents et fidèles. Ces réseaux étaient parfois secrets, parfois publics, comme celui chargé de la défense « institutionnelle » de la personne et de l’œuvre du médecin, poète et dirigeant politique.
Si efficace furent-ils, ces reseaux n'en sont pas moins restes relativement artisanaux. Car Karadzic n'a jamais beneficie, ni de l'aura militaire de Ratko Mladic, dont la figure orne de nombreux t-shirts portes par de jeunes belgradois, ni d'une popularite sans faille au sein de la population, qui le soupconne fortement de s'etre considerablement enrichi pendant le siege de Sarajevo. Pour ces raisons il ne put beneficier du meme soutien de militaires extremistes soutenant Ratko Mladic.
L'arrestation de ce dernier, si elle pouvait intervenir rapidement, n'en serait pas moins douloureuse pour les serbes car Mladic est avant tout un ancien officier de l'ex-armée fédérale yougoslave, un heros pour beaucoup. De meme, un eventuel proces des trois criminels de guerre serbes (il faut ajouter Goran Hadzic, responsable de l'assassinat ou de l'expulsion de centaines d'habitants en Krajina, République serbe de Croatie autoproclamée) serait egalement le proces de toute la communaute internationale, dont de nombreux services secrets ont longtemps assure securite et protection aux deux bouchers de Srebrenica. Enfin, l’arrestation de Radovan Karadzic met en lumière toutes les contradictions de la Bosnie-Herzégovine après la guerre : un État qui est pour certains « artificiel », pour d’autres « légitime » mais détruit par une guerre impitoyable.
Labels: international, politique

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